L’été dernier, j’ai fais la découverte d’un territoire. Je ne me souviens plus ce qui m’a amené par là, car franchement, rien ne m’y attirait. Et pourtant si, l’ouverture d’une piste en dur toute neuve de 2200 m m’intriguait. Que viens faire une telle piste pour un terrain que l’on dit sans trafic ? Arrivé là-bas, je constate effectivement que la piste interminable est flambant neuve, mais l’aérogare et la très haute tour aussi ! Sur place, les contrôleurs et le responsable de la plateforme m’informent que la piste a été réalisée pour recevoir le Beluga, cet avion cargo qui vient chercher trois fois par semaine des morceaux d’Airbus fabriqués par la fameuse usine de Méaulte. Je comprends mieux tous ces investissements. Mais ce n’est pas tout, ils espèrent l’arrivée d’une ligne commerciale pour faciliter l’accès des champs de bataille de la Somme. Pardon, mais qui viendrait voir quoi ? Et bien les 200 000 britanniques, Australiens, Néo-Zélandais et Canadiens qui se déplacent tous les ans pour visiter les Mémoriaux de la Première Guerre Mondiale, pardi.
Les Français ont Verdun, les Anglo-Saxons ont la Somme ! Jamais les Britanniques n’ont connu une telle catastrophe militaire. En 1916, environ 1,2 million d’hommes ont été mis hors de combat pour un effectif total de 3 millions en quatre mois et demi de combats pour une progression d’environ 12 km.
Les Mémoriaux Britanniques, Australiens, Canadiens et Néo-Zelandais donnent toute la dimension européenne et mondiale de ces champs de batailles.
La Somme porte encore aujourd’hui les stigmates de ces terribles affrontements. Cette page mouvementée de l’histoire peut se découvrir en survolant le Circuit du Souvenir jalonnés de mémoriaux souvent très impressionnants, de vestiges des combats et de cimetières.
Ici, l’aviation fait son entrée dans la guerre. Si les dirigeables ont été privilégiés au début de la guerre, ils sont rapidement éclipsés par les avions. L’aviation d’observation et de reconnaissance permet d’effectuer des missions de renseignements et de réglage d’artillerie qui nécessitent de s’enfoncer de 20 à 30 km à l’intérieur des lignes ennemies.
Sur la Somme, les Français regroupent 113 chasseurs. Les Britanniques alignent 185 appareils du Royal Flying Corps. Un mois et demi après l’apparition de ces groupes de combat, le Général Foch admet l’apport stratégique de l’aviation : « La supériorité en aviation permet seule la supériorité en artillerie, indispensable pour avoir la supériorité dans la bataille actuelle ». Les bombardements se font uniquement de jour jusqu’en mai 1916, puis la nuit par groupement de 6 à 12 avions larguant chacun 200kg de bombes. Pour la première fois, les ballons sont équipés d’émetteurs TSF qui remplacent les téléphones pour les liaisons avec le sol. Certains avions volent très haut (à 6500m) pour éviter les chasseurs. Les pilotes sont équipés de masques à oxygène et de vêtements chauffants.
Je vous invite ici à parcourir ce riche territoire qui gagne à être connu à travers un petit itinéraire au cours duquel vous allez sentir le souffle de l’histoire.
Les zones
L’aérodrome d’Albert-Bray se trouve dans une zone contrôlée de classe D afin de protéger l’arrivée IFR du Beluga. Les contrôleurs d’Albert sont vraiment sympathiques. Ils ne vous refuseront pas grand-chose même quand le Beluga est dans les parages. Pour suivre l’itinéraire, il faut faudra aussi contacter Cambrai. Après leurs avoir dit que j’allais survoler les Mémoriaux du Circuit du souvenir à 1500ft, ils m’ont conseillé de reprendre contact avec Albert. Comme ça tout le monde savait que j’étais là, mais ils m’ont laissé tranquille pendant toute la navigation.
Comptez environ 30 à 40 minutes pour faire le tour à 100 kt.
Volez prudemment, en particulier lorsque vous serez en virage au-dessus des Mémoriaux, restez attentif à vos paramètres (vitesse, inclinaison, sécurité extérieure, etc.).


1- La ville d’Albert
Elle comptait 7 343 habitants en 1914 et... 120 en janvier 1919.
La statue de la Vierge dorée que vous voyez briller au sommet de la Basilique au centre ville est touchée par un obus allemand en janvier 1915. Elle reste suspendue à l’horizontale jusqu’en 1918, date à laquelle elle s’écroule. Surnommée “ la Vierge Penchée “, elle donne naissance à une croyance chez les soldats qui pensent que sa chute signifiera la fin de la guerre. La ville d’Albert est restée ville-symbole pour les Britanniques.
A VISITER AU SOL
La gare et son avion Potez au plafond pour rendre hommage à Henri Potez, pionnier de l’aviation, originaire d’Albert. Le terrain actuel d’Albert est d’ailleurs toujours situé à l’emplacement du terrain de Potez.
La collection Bétrancourt.
Une exceptionnelle collection d’avions anciens est cachée Au cœur de la ville d’Albert. Une quarantaine d’appareils militaires évoquent l’épopée de l’industrie et de l’aéronautique.
Groupes : visites guidées sur rdv. 3€ /adulte. Durée de la visite : 2h. (cf. le « Guide de la France aéronautique » de Magali REBEAUD aux éditions Privat).
POUR VOUS FACILITER LA NAV’
Faites le tour de la ville afin de prendre un cap Nord Est (030° environ). Repérez une route bien rectiligne qui suit ce cap en partant d’Albert. Le cratère se trouve à droite de cette route, au niveau d’une petite route qui s’éloigne en diagonale.
Vous sortez normalement de l’espace contrôlé d’Albert. Prenez contact avec les militaires de Cambrai suffisamment tôt pour chercher le cratère tranquillement. Annoncez vos intentions aux militaires et suivez leurs consignes. Pour ma part, ils m’ont conseillé de revenir avec Albert. Je me suis donc annoncé à nouveau avec Albert qui m’a laissé tranquille pendant tout le circuit.
2- Le cratère de La Boisselle :
Tout commence le 1er juillet 1916, à 7h28 précises, par l’explosion simultanée de plusieurs formidables fourneaux de mines dont le « Lochnagar crater » à La Boisselle, est l’unique vestige.
L’explosion qui a créée cet impressionnant trou de mine de 100 mètres de diamètre et de 30 mètres de profondeur marque ainsi le déclenchement de la Bataille de la Somme par les Britanniques. Juste derrière le barrage roulant de l’artillerie, l’infanterie française et britannique bondit hors de ses tranchées. Il y avaient 11 mines similaires disposées sous les lignes allemandes sur les 25 km du front, mises à feu simultanément. La Boisselle était la plus grosse : 27 tonnes d’explosifs. On raconte que l’explosion a été entendue jusqu’à Londres. L’assaut a été donné 2 minutes après. Pendant ce court laps de temps, les Allemands se sont réorganisés. Les Anglais ont été massacrés à cause de ces deux minutes de délais. Le lendemain, les chiffres des pertes tombent, horribles : 20 000 tués, 32 bataillons ont perdu 2/3 de leur effectif. Le bataillon de Terre-Neuve a perdu plus de 700 de ses 800 hommes en 30 minutes.
Quand on voit la taille du cratère par rapport à la taille des véhicules en bas de l’image, on imagine plus facilement la violence de l’explosion. Le cratère se « visite » au sol, mais je trouve que l’on se rend mieux compte la violence de l’explosion vu du ciel.
Pendant votre 360°, restez attentif à vos paramètres (vitesse, inclinaison, sécurité extérieure, etc.).
POUR VOUS FACILITER LA NAV’
Ensuite prenez un cap Nord-Ouest (315° environ) sur 5 NM. Vous allez croiser une toute petite vallée avec une voie ferrée à la perpendiculaire de votre route. Le Mémorial de Beaumont-Hamel se trouve sur le haut de la vallée. C’est un champ parsemé de trous (et pour cause !).
3- Les Canadiens à Beaumont-Hamel
Cet espace, aujourd’hui terre canadienne, donne une vision émouvante et réaliste des batailles grâce à un réseau de tranchées admirablement bien conservé.
Les tranchées Alliées sont les lignes zigzaguant aux pieds du Caribou, insigne du régiment de Terre-neuve, qui regarde les tranchées Allemandes situées au niveau du monument en face. Au milieu : le No Man’s Land dévasté par les trous d’obus, les champs de barbelés, etc. Remarquez les tranchées de liaisons entre la 1ère ligne de front et la deuxième.
A la sortie des tranchées, ce 1er juillet à 9h, les hommes du régiment de Terre-Neuve se font massacrés par les mitrailleuses allemandes. Une demi-heure plus tard, ils n’étaient plus que 68 valides sur près de 4000 hommes... Ils restèrent ainsi face aux Allemands pendant 5 mois.
Même si les champs environnants ont repris leur fonction initiale, il est fréquent d’apercevoir les lignes de tranchées en dehors des périodes de forte végétation des cultures, par temps humide. Ouvrez l’œil !
Pendant votre 360°, restez attentif à vos paramètres (vitesse, inclinaison, sécurité extérieure, etc.).
POUR VOUS FACILITER LA NAV’
Après cet émouvant survol de ce lieu chargé d’histoire, il faut prendre un cap 120° pour rejoindre la Tour d’Ulster à 2 NM. Vous voyez sûrement déjà le monument de Thiepval. La Tour d’Ulster se trouve un peu avant et sur la gauche. Elle est assez petite.
4 - Les Irlandais et les Britanniques à Thiepval
La Tour d’Ulster est la réplique exacte d’une tour située près de Belfast dans le camp d’entraînement de la 36e division qui, le 1er juillet 1916, fut prise entre les tirs allemands et ceux de l’artillerie britannique.
Cette tour constitue aussi le mémorial de tous les soldats Irlandais morts pendant la Grande Guerre.
L’impressionnant monument Britannique de Thiepval, haut de 45 m, est LE mémorial aux soldats disparus britanniques et sud-africains tombés sur le front de la Somme. Les noms de plus de 70 000 hommes y sont gravés sur ses piliers.
Le lieu fut, le 1er juillet 1916, l’un des principaux théâtres du désastre de l’aile gauche britannique. Ayant perdu 58 000 des siens dont 20 000 tués, la Grande-Bretagne y connut la plus grande tragédie de son histoire à laquelle le nom de Thiepval reste à jamais attaché. Le Mémorial franco-britannique, est visible à des kilomètres à la ronde. Tous les ans, d’importantes cérémonies du souvenir sont organisées par le Gouvernement Britannique le 1er juillet. Les membres de la famille royale d’Angleterre viennent régulièrement s’incliner à la mémoire des soldats tombés sur ces collines.
5 - Les Australiens à Pozières
Restez au cap 120°. Essayez de repérer une petite route qui suit votre cap. Le Mémorial de Pozières est assez difficile à trouver en avion. C’est pour cela que je n’ai pas de photos du Mémorial. Je vous conseille de ne pas le chercher et de continuer tranquillement vers Longueval.
Néanmoins, le village de Pozières a été le théâtre du premier engagement d’envergure des troupes australiennes sur le front occidental. Le nom de Pozières possède une telle renommée dans la mémoire australienne qu’il a été donné, après la guerre, à un petit village du Queensland en Australie. Le monument à la 1ère division et les vestiges de deux blockhaus évoquent cette bataille.
Le 15 septembre 1916, les chars apparurent pour la première fois sur un champ de bataille. Des 32 tanks britanniques Mark I qui se déployèrent sur une ligne Courcelette-Longueval, seulement 9 atteignirent leurs objectifs. C’est à Pozières également que se trouve le monument aux chars orné de 4 modèles réduits de tanks.
6- Les Néo-Zélandais et les Sud-Africains à Longueval.
Le cimetière se trouvant légèrement avant Longueval commémore la participation de la division néo-zélandaise à la Bataille de la Somme de 1916.
J’ai été particulièrement ému par cet endroit. Autant en raison des couleurs que de la pensée des gens venus de l’autre bout du monde pour mourir ici. Encore aujourd’hui des Néo-Zélandais font le déplacement en souvenir de ceux qui sont tombés dans ce conflit mondial.
Longueval est également le lieu de la mémoire des Sud-Africains. Sur les 3 200 soldats sud-africains qui participent à l’attaque du 15 juillet 1916, seuls 143 reviennent indemnes 5 jours plus tard après la prise du bois de Delville rebaptisé « Devil’s Wood » (Bois du Diable).
Le Musée et le Mémorial national sud-africains leur rendent hommage aux soldats qui connurent leur baptême du feu dans le bois Delville. C’est pour cela qu’il faut chercher le Mémorial dans le bois à la sortie de Longueval.
POUR VOUS FACILITER LA NAV’
Après Longueval, continuez sur votre cap 120° vers Rancourt à 5 NM. Passer la ligne TGV PARis-Lille et l’autoroute du Nord (A1) à la perpendiculaire de votre route.
7- Les Français à Rancourt,

La Chapelle du Souvenir Français, auprès du vaste cimetière, est le seul site français du département. Ce village a également le triste privilège de regrouper en un même lieu un cimetière français, un cimetière britannique et une nécropole allemande.
Après Rancourt prenez un cap au sud. Longez l’autoroute. Juste avant de croiser la Somme, le fleuve, vous allez à nouveau pénétrer les espaces de classe D d’Albert-Bray. Il sera temps de vous annoncer de retour dans la zone par l’Est pour un cheminement au-dessus de la Somme en direction de l’Ouest.
Vous laisserez Péronne sur votre gauche. Plus tard, vous pourrez toujours vous poser à Péronne (LFAG) pour visiter l’Historial de la Grande Guerre, un musée trilingue qui, à travers les histoires parallèles des 3 principaux pays protagonistes Allemagne, France et Royaume-Unis, explique la guerre, ses origines et ses conséquences.
8- Les méandres de la Somme
Mais pour l’instant, laissons de côté la Grande Guerre et profitons du spectacle offert par les nombreux méandres de la Somme pendant 11 NM.
Prenant sa source dans l’Aisne, la Somme se jette dans la Manche 250 km plus loin par la baie de Somme, qu’il vous faudra absolument survoler un jour. Ce fleuve paisible coule dans un ruban de verdure et d’humidité à travers l’aride picard. Tantôt il se divise en plusieurs bras jalonnés de saules et de peupliers divaguant parmi les jardins et les prés, tantôt les eaux s’étalent en de nombreux étangs argentés, tourbières noirâtres ou marais (dont les « Hortillonnages » à Amiens).
Ces espaces, autrefois exploités pour la tourbe, sont maintenant utilisés pour la pêche et la chasse. La tourbe, qui remplit le fond de la vallée de la Somme sur plusieurs mètres, absorbe l’eau en cas de crue. Le niveau du fleuve et desVillers Bretonneux - Mémorial Australien étangs reste ainsi égale au pied des alignements des peupliers.
Au milieu du trajet au-dessus des méandres, travers Bray/Somme, vous apercevrez peut-être une voie ferrée qui va de nulle part à nulle part. Il s’agit du « P’tit train de la Haute-Somme », chemin de fer à voie étroite, emprunte la ligne qui servait à l’approvisionnement du front en 1916. A Froissy, au départ, le Musée des chemins de fer militaires et industriels présente de nombreux véhicules utilisés pour alimenter les tranchées de la Bataille de la Somme et raconte l’histoire des petits trains à voie étroite de 1880 à nos jours.
Personnellement, je ne l’ai pas vu car j’ai entendu sur la fréquence d’Albert, un certain Beluga qui demandait l’autorisation de s’aligner pour son décollage. J’ai demandé au contrôleur si je pouvais faire
9- l’« Australian corps memorial park » à Hamel
Ce mémorial a été inauguré en 1998. Il rend hommage à l’Australian Corps et à l’action des soldats australiens dirigés par le général John Monash, le premier de l’histoire de la toute jeune nation. Ici, les Australiens ont connu une réussite importante, arrivant même à abattre (même si les Canadiens se l’attribuent aussi) le fameux Baron Rouge. Des tranchées y sont encore visibles.
10- Les Australiens encore à Villers-Bretonneux,
Villers-Bretonneux est un endroit symbolique pour les Australiens. C’est là que, le 25 avril 1918, ils ont stoppé définitivement les Allemands et libéré le village. Après la guerre, les Australiens en ont fait un symbole national, en participant financièrement à la reconstruction de la commune. Le Musée franco-australien, et le cimetière Adélaide témoignent de la force des liens et de la reconnaissance mutuelle qui unissent l’Australie et la France.
Chaque année, l’Anzac Day est célébrée ici le samedi le plus proche du 25 avril, ainsi qu’en Australie, Nouvelle-Zélande, aux Samoa, aux Tonga, aux îles Cook à Niue ainsi qu’à Bourail en Nouvelle-Calédonie.
L’ANZAC, acronyme de Australian and New Zealand Army Corps (corps d’armée australien et néo-zélandais), désigne les troupes originaires d’Océanie ayant participé au sein de l’armée australienne et néo-zélandaise à la Première Guerre mondiale.
Le Mémorial national australien est le lieu principal des cérémonies commémoratives de la Journée de l’ANZAC. Des personnalités officielles australiennes et néo-zélandaises font alors le déplacement, ainsi que des membres des familles des soldats tués ou disparus lors de la Première Guerre mondiale. Ceux-ci témoignent de leur visite en fixant un coquelicot de papier ou de tissu sur la tombe ou à défaut sur le monument collectif, à côté du nom gravé.
Bon vol retour chez vous !
Pour aller plus loin : www.somme-battlefields.com
mardi 11 novembre 2008, par Cyril Godeaux
Ces guides audio vous sont offerts par www.zevisit.com